Morceau de choix
Boucle 03 ·
Tarentaise → Oisans · 160 km
Le Retour à la maison
La dernière boucle du périple. Celle qui rentre. Par la Madeleine, le Glandon et la Croix de Fer — les cols vierges, ceux que personne n'abîme — et la descente des 21 virages jusqu'à la maison.
Point culminant : Col de la Croix de Fer, 2 067 mètres.
Roadbook · Bourg-Saint-Maurice → Le Bourg-d'Oisans
- Distance
- 160 km
- Roulage
- 4 h 30
- Cols
- 3
- Point haut
- 2 067 m
- Dénivelé
- 3 890 m · estimé
- Saison
- mai → octobre
On regarde vers chez soi depuis 2 000 mètres
Col de la Madeleine · 1 993 m
C’est le dernier jour. On rentre.
Trois jours qu’on roule. On a touché le toit des Alpes à l’Iseran, tourné autour du Mont-Blanc, passé des frontières comme on change de virage. Et là, ce matin, il reste une chose à faire : rentrer à la maison. Au Bourg-d’Oisans. Chez moi, au pied des grands cols.
Mais rentrer, ça ne veut pas dire prendre le plus court. Ça ne veut jamais dire ça. On rentre par les cols. Par les plus beaux. Parce que la maison, on peut la faire attendre encore un peu — et parce que la dernière journée d’un voyage, ça se savoure jusqu’au bout.
On part de Bourg-Saint-Maurice, on descend la Tarentaise, et on attaque la Madeleine.
Le col de la Madeleine, c’est le premier gros morceau. 1 993 mètres — le panneau, lui, affiche fièrement 2 000, on ne va pas chipoter. La montée est longue, roulante, elle prend son temps. Elle monte, elle redescend un peu, elle repart. On n’est pas pressés. Et en haut, la récompense : le grand tour d’horizon. Le Mont-Blanc au nord, planté au fond, qui brille encore. Et de l’autre côté, plein sud, le massif des Grandes Rousses, le Pic de l’Étendard, les cimes qui annoncent déjà l’Oisans. Là où on va. On regarde vers chez nous depuis 2 000 mètres. La maison est loin encore, mais on la sent, au bout du regard.
Le panneau affiche fièrement 2 000 m — on ne va pas chipoter. Table d'orientation au col.
Le col sauvage
Col du Glandon · 1 924 m
On bascule, on descend sur Saint-François-Longchamp, puis sur La Chambre, tout en bas dans la vallée de la Maurienne. Et là, sans traîner, on repart vers le haut. Direction le Glandon.
Le Glandon, c’est mon préféré de la journée. Et je vais te dire pourquoi.
C’est vierge. C’est sauvage. C’est préservé. La route grimpe et on a l’impression que l’homme n’est jamais vraiment venu poser sa marque ici. Pas de station qui déborde, pas de béton partout. Juste des alpages, des petits chalets de pierre posés dans la pente, et le col qui se dévoile lentement, virage après virage. Et les odeurs. C’est ça qui me prend, au Glandon. Les odeurs de fleurs, l’herbe, l’alpage. Une odeur naturelle et pure, comme si l’air n’avait jamais été respiré par personne avant toi. On roule là-dedans, casque entrouvert, et ça sent la montagne vraie. Celle qu’on ne fabrique pas.
Un col gratos, et la table de midi
Col de la Croix de Fer · 2 067 m
Au sommet du Glandon — 1 924 mètres — on ne s’arrête même pas vraiment. Parce que le suivant est à deux pas. Deux kilomètres et demi, pas plus. Un petit crochet, une courte remontée, et hop — la Croix de Fer. Un col gratos, quoi. On ne va pas se priver, ah ah.
La Croix de Fer, 2 067 mètres. Et là-haut, c’est l’heure de manger. Le milieu de la journée tombe pile.
On pose la GS au sommet, au Chalet du Col de la Croix de Fer. Une adresse tenue en famille — la mère aux fourneaux, les jeunes au service, ça tourne dans la maison. On ne vient pas pour de la haute gastronomie, et c’est exactement ce qu’on cherche. Une omelette, une salade savoyarde, une tarte aux myrtilles pour finir. Un pichet de blanc. La cuisine simple, franche, celle qui te cale après une matinée de cols. On s’installe en terrasse, face aux Aiguilles d’Arves qui pointent leurs trois dents dans le ciel. On mange, on prend le temps, on regarde. C’est un jour de retour — autant le fêter dans l’assiette.
Le Chalet du Col de la Croix de Fer — réserver en saison, 06 71 30 36 91. Ouvert l'été, aux horaires du col.
L’impression de voler
Villard-Reculas · 1 500 m
L’après-midi, on plonge. La descente de la Croix de Fer vers l’Oisans, la vallée de la Romanche qui se devine en bas, et cette sensation qui monte doucement : on entre chez nous. Le paysage devient familier. Les sommets, je les connais. Je pourrais les nommer les yeux fermés.
Mais avant d’arriver au Bourg, il reste deux cadeaux. Deux morceaux que je garde pour la fin.
Le premier, c’est Villard-Reculas. Un petit village-balcon accroché à la montagne, 1 500 mètres, exposé plein sud, suspendu au-dessus de la vallée. Et pour y aller — ou plutôt pour en repartir vers l’Alpe — il y a cette route. La route à flanc de falaise. Le balcon.
Là, il faut ralentir. Pas parce que c’est dangereux si on reste concentré — mais parce que ce serait un crime de passer vite. La route se rétrécit, s’accroche à la paroi, et d’un coup le vide s’ouvre sur la droite. En dessous, tout en bas, Bourg-d’Oisans dans sa vallée. Ma vallée.
On roule au-dessus du monde. C’est l’impression de voler.
Vraiment. On est là, sur deux roues, collés à la falaise, et sous nos pieds il y a des centaines de mètres de vide et toute la plaine de l’Oisans qui s’étale. On ne regarde plus la route par obligation — on regarde en bas, on regarde chez nous, on plane. Ma chérie derrière, je sais qu’elle regarde aussi. On ne se dit rien. Y’a rien à dire.
L'ancienne route de la Confession — seul accès au village jusqu'en 1980. Un oratoire marquait la halte avant le passage à pic.
Les 21 virages, à l’envers
L'Alpe d'Huez · 1 850 m
Et le dernier cadeau, c’est la descente de l’Alpe d’Huez. Les 21 virages.
On les prend dans le bon sens — en descendant. Chaque virage est numéroté, du 21 en haut au 1 en bas, et chacun porte le nom d’un vainqueur du Tour de France. C’est LA montée mythique du vélo. 13,8 kilomètres, plus de 1 000 mètres de dénivelé, du 8 % de moyenne. Et nous, on la descend peinards, moteur au ralenti, à contempler.
Je pense toujours à eux quand je passe là. Aux cyclistes. Au record de Pantani — 37 minutes et 35 secondes pour monter ça, en 1997. 23 kilomètres-heure de moyenne dans une pente pareille. C’est irréel. Ces types montent cette rampe à la force des jambes plus vite que certains ne la descendent en voiture. Et moi je suis là, sur ma GS, à prendre chaque épingle tranquille, à regarder la vallée s’ouvrir un peu plus à chaque virage.
Eux, ils souffrent pour aller vite. Moi, je lève le pied pour faire durer.
Deux façons d’aimer la même montagne. Chacun la sienne. Et ce jour-là, la mienne, c’est celle qui prend son temps.
La maison
Le Bourg-d'Oisans · 720 m
Virage après virage, la vallée se rapproche. La chaleur remonte. Les platanes de la plaine. Et puis Bourg-d’Oisans, en bas, qui grandit à chaque lacet. La maison.
On y est. Trois jours de routes, des cols plein la tête, un glacier qui nous a rendus minuscules, trois pays traversés, des cols sauvages, une dernière plongée au-dessus du vide. Et on rentre avec ça. Avec tout ça dans le crâne et dans le corps.
C’est ça que je viens chercher. Rentrer plein. Pas fatigué — plein. Rentrer dans ma vallée avec des souvenirs qui débordent et l’impression d’avoir, une fois de plus, roulé sur les plus belles routes du monde. Des routes qui ne sont pas droites.
Elles ne le sont jamais. Tant mieux. C’est là que ça se passe. Comme dans la vie.
Le carnet de la boucle
Le carnet de la boucle
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720m
Le Bourg-d'Oisans
La maison. La fin de la boucle et la fin du périple. La vallée qui se referme, la chaleur de la plaine, les platanes.
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1 500m
Villard-Reculas
Village-balcon de l'Oisans, exposé plein sud, suspendu au-dessus de Bourg-d'Oisans. La route à flanc de falaise qui en part est le clou du parcours : étroite, vertigineuse, la vallée de la Romanche à pic sous les roues.
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1 850m
L'Alpe d'Huez et les 21 virages
La montée mythique du cyclisme, qu'on descend ici tranquillement. 21 virages numérotés, chacun au nom d'un vainqueur d'étape du Tour. 13,8 km, 1 071 m de dénivelé, 8 % de moyenne. Record de Marco Pantani : 37'35" en 1997. Virage 7 : le fameux « Dutch Corner ».
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1 924m
Col du Glandon
Le col sauvage. Versant nord vierge et préservé, alpages, petits chalets de pierre, odeurs de fleurs et d'herbe pure, peu de monde. Le plus intact de la journée.
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1 993m
Col de la Madeleine
Le premier gros col de la journée, long et roulant, seul passage routier entre Tarentaise et Maurienne. Grand panorama au sommet : le Mont-Blanc au nord, et au sud les Grandes Rousses avec le Pic de l'Étendard — l'Oisans qui s'annonce.
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2 067m
Col de la Croix de Fer
À seulement 2,5 km du Glandon — « un col gratos » — le point haut de la journée. Vue sur les Aiguilles d'Arves et leurs trois dents.
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2 067m
Le Chalet du Col de la Croix de Fer
La table de midi, au sommet : affaire de famille, cuisine de montagne simple et franche — omelettes, salade savoyarde, tarte aux myrtilles — terrasse face aux Aiguilles d'Arves.
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