Vaut le détour
Boucle 06 ·
Oisans → Queyras → Ubaye · 337 km
Mille paysages
Une boucle qui change de monde à chaque vallée. Le désert jaune de l'Izoard, les courbes du Vars, la mexicaine à Barcelonnette, et le grand lac turquoise pour rentrer. Le vert, le minéral, l'eau. Tout ça dans une journée.
Point culminant : Col d'Izoard, 2 360 mètres.
Roadbook · Le Bourg-d'Oisans → Le Bourg-d'Oisans
- Distance
- 337 km
- Roulage
- 6 h 25
- Cols
- 2
- Point haut
- 2 360 m
- Dénivelé
- 4 760 m · estimé
- Saison
- juin → septembre
Le désert jaune
Col d'Izoard · 2 360 m
Il y a des boucles qu’on trace pour un col. Celle-là, je la trace pour ce qu’elle traverse. Pour tout ce qu’elle empile dans une seule journée. Le vert des vallées, la lumière presque du Sud, le désert de caillasse là-haut, et l’eau turquoise pour finir. Mille paysages. C’est ça que je viens chercher.
On part de la maison, du Bourg-d’Oisans, et on met le cap sur Briançon. La mise en route, la vallée qui défile, la plus haute ville de France qu’on traverse. Et derrière Briançon, ça commence pour de bon. La route qui grimpe vers l’Izoard.
L’Izoard, je le monte pour une chose. Pour ce qui m’attendait en haut. Cette immensité de la vue une fois là-haut, quand on débouche au sommet et que tout s’ouvre. C’est ça qui m’attire. Pas les virages de la montée — la récompense du sommet. Le moment où on pose la moto, où on coupe le moteur, et où on regarde à 360.
Et puis il y a la Casse Déserte. Ce truc-là, il faut le voir pour y croire. On roulait dans le vert, dans la forêt de mélèzes, et d’un coup — plus rien. Le désert. La roche jaune, ocre, des éboulis à perte de vue, et ces pénitents de pierre plantés là, dressés comme des statues qu’aucune main n’a taillées. Un chaos. Un décor lunaire posé à 2 360 mètres.
On vient du vert, on tombe dans le minéral.
Sur cette boucle, c’est l’endroit qui m’a cueilli. Le contraste. Et on savait qu’après, on allait replonger vers une autre vallée, encore différente. C’est ça, la sensation que je viens chercher ici : vivre mille paysages dans la même journée. Passer du très vert au presque sudiste, puis au désert, et enchaîner. Une vue magistrale, et une redescente vers un autre monde.
La stèle Coppi-Bobet est à 2 km du sommet, en plein dans la Casse Déserte. Site classé depuis 1937.
Le col qui déroule
Col de Vars · 2 108 m
On bascule. On descend sur le Queyras, sur Guillestre. Et là, deuxième col : le Vars.
Le Vars, c’est le plaisir de rouler. Pas la contemplation pure de l’Izoard — le geste. La route qui serpente, les belles courbes, ce rythme qui se cale. On pose la moto d’un côté, de l’autre. Le regard qui part loin dans le virage, le poids qui bascule. La GS rouge qui fait exactement ce qu’on lui demande. Ici, on envoie un peu. Pas de la vitesse — du rythme, du plaisir pur. Le col de Vars, il est fait pour ça. Il déroule.
On enroule
Vallée de l'Ubaye · 1 200 m
Et au sommet, on bascule dans l’Ubaye. C’est là que ça devient jouissif. La descente vers la vallée, cette route qui serpente, qui enchaîne les courbes vers le fond de vallée. L’Ubaye, à moto, c’est du bonheur. On lève à peine le pied. On enroule. C’est le morceau où on se fait vraiment plaisir sur cette boucle.
La mexicaine
Barcelonnette · 1 135 m
Et l’Ubaye nous mène à Barcelonnette. La pause de midi.
Barcelonnette, c’est une drôle de ville. On est dans les Alpes, à deux pas de l’Italie, et pourtant il flotte là quelque chose du Mexique. C’est pas une image — c’est de l’histoire vraie. Au XIXe siècle, les gens d’ici sont partis. En masse. Près de 2 500 Barcelonnettes ont traversé l’Atlantique pour tenter leur chance au Mexique, entre 1805 et le milieu du XXe siècle. Des gamins de la vallée, partis de rien, qui là-bas ont monté des magasins de tissu, puis des grands magasins entiers — des enseignes qui existent encore aujourd’hui à Mexico. Certains ont fait fortune. Et les plus riches sont revenus au pays se faire construire des villas somptueuses, qu’on appelle ici les « villas mexicaines ». Elles sont toujours là, plantées dans la verdure autour de la ville, avec leurs tourelles et leurs façades qui n’ont rien d’alpin. Une vallée de montagne qui garde la trace d’un rêve mexicain. J’adore cette histoire. On roule dans les Alpes et on tombe sur un bout d’Amérique latine.
On pose la GS et on va manger. On ne fait pas semblant — c’est la vraie pause de la journée. Une belle table, on prend le temps, on mange riche, on assume. C’est un jour de moto, la bouffe fait partie du voyage. Le Gaudissart sur la place, une brasserie de terroir qui reçoit les motards comme des rois — daube, civet, une terrasse au soleil face aux montagnes. Ou une autre table du coin, peu importe. Ce qui compte, c’est de s’asseoir, de souffler, et de bien manger avant la seconde moitié de la journée.
Le Gaudissart, place Aimé Gassier — fermé lundi et mardi hors vacances. Appeler la veille, 04 92 81 00 45.
La mer des Alpes
Lac de Serre-Ponçon · 780 m
L’après-midi, on repart vers l’ouest. Et le paysage change encore — parce que c’est ça, cette boucle. On suit l’Ubaye qui descend, on passe Le Lauzet et son vieux pont, et la vallée s’ouvre sur l’eau. Le lac de Serre-Ponçon.
Serre-Ponçon, on le longe. On ne s’arrête pas des heures — c’est un décor, et quel décor. La plus grande retenue d’eau de France, une mer turquoise posée entre les montagnes. Et c’est là que le contraste me cueille une dernière fois.
La caillasse le matin, la mer des Alpes le soir.
Le matin, on était dans le désert de pierre de l’Izoard, tout en haut, dans le sec et le minéral. Et l’après-midi, on roule au bord de cette immensité d’eau bleue. Du désert au lac dans la même journée. C’est exactement pour ça que je fais cette boucle. Pour ce grand écart.
Le dernier coup d’œil
Embrun · 870 m
On arrive à Embrun. La vieille cité perchée sur son roc au-dessus de la Durance, sa cathédrale plantée là depuis huit siècles, le soleil qui tape — ils disent qu’il y a 300 jours de soleil par an ici. Un dernier coup d’œil, et on remet le cap au nord. Le retour vers l’Oisans, la vallée qui se referme, la journée qui s’éteint doucement dans le rétro.
On est partis du vert de l’Oisans, on a touché le désert jaune de l’Izoard, enroulé les courbes du Vars, mangé la mexicaine à Barcelonnette, et longé la mer des Alpes. Mille paysages. Une journée qui n’arrête jamais de changer.
Les routes n’ont pas été droites. Tant mieux. C’est là que ça se passe. Comme dans la vie.
Le carnet de la boucle
Le carnet de la boucle
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780m
Lac de Serre-Ponçon
La plus grande retenue d'eau de France, la « mer des Alpes ». Immense nappe turquoise née d'un barrage des années 1950 pour dompter la Durance, deux villages engloutis. Emblème : la chapelle Saint-Michel sur son îlot.
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870m
Embrun
Vieille cité archiépiscopale perchée au-dessus de la Durance, 300 jours de soleil par an. Sa cathédrale Notre-Dame-du-Réal, le plus grand édifice religieux des Alpes françaises, en pierres noires et blanches.
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900m
Le Lauzet-Ubaye
Joli bourg au bord d'un petit lac émeraude, avec son pont romain classé du XIIIe qui enjambe le défilé de l'Ubaye 40 m plus bas.
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1 000m
Guillestre
La porte du Queyras, entre Izoard et Vars. Le point de bascule d'un col à l'autre.
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1 135m
Barcelonnette
La ville à l'histoire mexicaine. Près de 2 500 habitants partis faire fortune au Mexique au XIXe, revenus bâtir leurs « villas mexicaines » qu'on voit encore autour de la ville. Musée de la Vallée dans la villa La Sapinière.
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1 135m
Le Gaudissart
La table de midi, place Aimé Gassier : brasserie de terroir, cuisine de montagne franche — daube, civet, pieds paquets — Maître Restaurateur, terrasse au soleil et accueil motards revendiqué.
à vérifier · réserver -
1 326m
Briançon
La plus haute ville de France, ses remparts Vauban, sa cité fortifiée. On la traverse en début de journée avant d'attaquer l'Izoard.
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2 108m
Col de Vars
Le col qui déroule. Belles courbes roulantes, le morceau de plaisir pilotage de la boucle. Refuge Napoléon et petit lac près du sommet.
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2 300m
La Casse Déserte
Le clou du spectacle, sur le versant sud de l'Izoard. Un désert minéral posé en altitude : roche jaune, éboulis ocre, pénitents de pierre dressés dans le chaos. On passe du vert au lunaire en un virage.
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2 360m
Col d'Izoard
Un des cols mythiques de la Route des Grandes Alpes. On le monte pour l'immensité de la vue au sommet, cette ouverture à 360 quand on débouche là-haut. Route militaire tracée à la fin du XIXe, terrain de légende du Tour de France.