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Cahier des Cols

Priorité haute

Boucle 07  ·  Vercors → Diois → Trièves  ·  329 km

La Bascule

Après l'altitude, le vert. Après la caillasse, la forêt. Cette boucle-là ne cherche pas le plus haut — elle cherche le frais, l'ombre des gorges, les grands espaces. Et une route taillée dans une falaise, au-dessus de six cents mètres de vide.

Point culminant : Col de Menée, 1 402 mètres.

Roadbook · Le Bourg-d'Oisans → Le Bourg-d'Oisans

Distance
329 km
Roulage
6 h 45
Cols
4
Point haut
1 402 m
Dénivelé
3 620 m · estimé
Saison
mai → septembre

L’eau qui suinte

Gorges de la Bourne · 600 m

Deux jours d’altitude dans les jambes. L’Iseran, le Grand-Saint-Bernard, la caillasse, le froid, les sommets. Et là, je bascule ailleurs.

Ce que je viens chercher dans le Vercors, c’est pas le plus haut. C’est le frais.

Le vert. Les grands espaces. Un autre monde à quatre-vingts kilomètres de la maison.

On part du Bourg-d’Oisans, on descend sur Grenoble, et on attaque le plateau par les gorges du Furon. La route s’enfonce dans l’ombre et grimpe. Attention à celle-là : c’est un axe fréquenté, sombre, humide, et les gendarmes de l’Isère y comptent les motos couchées à la pelle chaque saison. On lève le pied. On n’a rien à prouver ici, on a une journée devant nous.

Puis le plateau s’ouvre. Lans, Villard-de-Lans. Des prés, des sapins, de l’air.

Et on plonge dans les gorges de la Bourne.

C’est là que ça commence vraiment. La route se colle à la falaise, se rétrécit, passe sous des surplombs, s’enfile dans des tunnels noirs percés à même la roche. En dessous, la Bourne. Et partout, l’humidité. C’est ce que je viens chercher ici. L’eau qui suinte des parois, la mousse, la pierre mouillée, l’air qui te tombe de dix degrés d’un coup quand tu entres dans l’ombre. Le contraire exact de l’Iseran. Là-haut c’était sec, minéral, mort. Ici c’est vivant, ça goutte, ça pousse partout.

On sort à Pont-en-Royans. Le village avec ses maisons suspendues au-dessus du vide, bâties aux XVIe et XVIIe siècles à même la roche — les gens n’avaient pas la place au sol, alors ils ont construit en encorbellement, dans le vide, pour charger le bois directement sur la rivière. Des façades peintes qui tiennent au-dessus de l’eau depuis quatre cents ans.

Gabarit limité à 3,50 m, chutes de pierres fréquentes, fermetures possibles. À vérifier sur Itinisère avant de partir.

Gorges de la Bourne, D531
Gorges de la Bourne, D531 45.0600 N · 5.4200 E — 600 m Gorges de la Bourne - Choranche (38).jpg · Parisdreux · CC BY-SA 3.0
Pont-en-Royans
Pont-en-Royans 45.0623 N · 5.3395 E — 200 m Pont-en-Royans - Maisons suspendues (août 2021).jpg · Sebleouf · CC BY-SA 4.0

Six cents mètres de vide

Combe Laval · 1 011 m

Saint-Jean-en-Royans, et on remonte. Direction Combe Laval.

Combe Laval, c’est la pièce maîtresse de la journée. Une route taillée dans la paroi d’un cirque calcaire, six kilomètres en balcon, onze tunnels percés dans la falaise, et sous les roues plus de six cents mètres de vide. Elle n’a pas été faite pour les touristes. Elle a été ouverte autour de 1890 par les Eaux et Forêts, pour descendre le bois de la forêt de Lente vers le Royans. Des hommes ont creusé ça à la main, dans une paroi verticale, pour faire passer des grumes.

C’est pas une route où on cherche le rythme — c’est une route où on regarde.

Là, on roule tranquille. On observe. Le vide à gauche, la roche à droite, les fenêtres taillées dans le rocher qui balancent des rectangles de lumière. On avance au pas de promenade et on prend ce qu’il y a à prendre.

En haut, le col de la Machine. 1 011 mètres. Le nom vient d’une machine qui servait à descendre les troncs dans la combe, il y a plus d’un siècle. Il n’en reste rien. Juste le nom sur le panneau et un vieil hôtel planté là depuis 1848.

Combe Laval, corniche D76
Combe Laval, corniche D76 44.9998 N · 5.3306 E — 1 011 m Route de Combe Laval (2789152109).jpg · _Serge_Robert_ · Public domain

De l’autre côté, c’est le Sud

Col de Rousset · 1 254 m

Ensuite la forêt. Le plateau haut du Vercors, la route qui déroule entre les sapins. Et le col de Rousset.

Le Rousset, c’est la bascule. Le vrai moment de la journée.

On enfile le tunnel — 769 mètres percés en 1979, noir, frais. Et on ressort de l’autre côté.

Et de l’autre côté, c’est le Sud.

Tout change. La lumière, la couleur de la roche, la végétation. Derrière toi le Vercors vert et humide, devant toi le Diois qui s’ouvre, sec, ouvert, méditerranéen. Tu n’as pas fait cent mètres et t’as changé de pays. C’est le genre de truc qui te fait piler sur le bas-côté juste pour regarder.

Puis la descente sur Die. Une route qui déroule, les lacets sous les Rochers de Chironne, une pente régulière qui n’oblige jamais à se battre. Une route roulante — le genre où on pose la moto, où ça s’enchaîne tout seul, où on se laisse porter en descendant vers la chaleur.

Col de Rousset, sortie sud du tunnel
Col de Rousset, sortie sud du tunnel 44.8403 N · 5.4062 E — 1 254 m Col de Rousset F.JPG · Philipendula · CC BY 2.5

Midi à Die

Die · 400 m

Die, c’est midi.

L’ancienne Dea Augusta Vocontiorum, capitale des Voconces, avec son rempart romain et sa porte Saint-Marcel. La ville de la clairette. Le pays du picodon. Et on ne fait pas semblant de manger — jamais. Le Meyro’s, avec sa terrasse posée dans la verdure derrière le petit pont, ou le Repère sur la place de l’Horloge. Des ravioles, du picodon, un verre de clairette. On s’assied à l’ombre, on prend une heure et demie, on assume. C’est le milieu de la journée et c’est aussi le milieu du plaisir.

Le Repère, place de l'Horloge — souvent fermé le jeudi hors saison. 04 75 21 68 99. Réserver en été.

Le Mont Inaccessible

Col de Menée · 1 402 m

L’après-midi, on repart vers l’est. Menglon, la vallée, puis la route qui remonte vers le col de Menée. Un tunnel sommital de 256 mètres à 1 402 mètres d’altitude, et on repasse en Isère. On quitte le Diois, on entre dans le Trièves.

Et là il y a le Mont Aiguille.

Je le connais peu. Je l’ai vu une fois. Et ça m’a marqué. Une immensité de pierre plantée au milieu des plaines. Un bloc calcaire de 2 087 mètres, détaché du reste du massif par l’érosion, ceinturé de falaises verticales, posé là sans rien autour. Fascinant. On l’appelait le Mont Inaccessible et on le comptait parmi les Sept Merveilles du Dauphiné. En juin 1492, Charles VIII a envoyé un capitaine, Antoine de Ville, le gravir avec des échelles et des cordes — comme on prend une forteresse. C’est ce jour-là qu’est né l’alpinisme. Il a fallu attendre 1834 pour que quelqu’un remette ça.

Chichilianne, Clelles. Le Trièves déroule, plateau agricole entre les falaises est du Vercors et le Dévoluy. Le pays de Giono — il venait écrire ici, il disait que c’est de ce pays-là qu’il avait été fait.

Mont Aiguille depuis la route de Chichilianne
Mont Aiguille depuis la route de Chichilianne 44.8121 N · 5.5735 E — 2 087 m Chichilianne Mont Aiguille 1.jpg · Zairon · CC BY 4.0

La dernière montée

Col d'Ornon · 1 360 m

Corps, la Salette qui monte quelque part au-dessus, Valbonnais, l’entrée des Écrins. Et pour finir, le col d’Ornon. 1 360 mètres, la dernière montée de la journée, tranquille, peu fréquentée, et la descente qui te ramène droit à la maison.

Une journée sans grand col. Et pourtant.

On a traversé des gorges qui gouttent, roulé sur une corniche creusée à la main dans une falaise, passé un tunnel et changé de climat, mangé au frais dans une ville romaine, et regardé un bloc de pierre de deux mille mètres posé au milieu d’une plaine.

Les routes n’ont pas été droites. Tant mieux. C’est là que ça se passe. Comme dans la vie.

Col d'Ornon, descente vers Le Bourg-d'Oisans
Col d'Ornon, descente vers Le Bourg-d'Oisans 1 360 m Col d'Ornon.jpg · Jjassera · CC BY 2.5

Le carnet de la boucle

Le carnet de la boucle

  • 200m

    Pont-en-Royans

    Les maisons suspendues, bâties du XVIe au XVIIe en encorbellement au-dessus de la Bourne, faute de place au sol et pour charger le bois sur la rivière. Classées Monument historique en 1944. Les façades colorées ne datent que des années 1980 ; à l'origine, elles étaient couleur pierre.

  • 400m

    Die

    L'ancienne Dea Augusta Vocontiorum, capitale gauloise des Voconces, avec son rempart du IVe siècle et sa porte Saint-Marcel — unique au monde : un arc romain du IIe siècle démonté pierre par pierre puis réencastré dans la fortification. Le pays de la clairette et du picodon.

  • 400m

    Le Repère

    La table de midi, place de l'Horloge devant la cathédrale de Die. Cuisine traditionnelle et tapas, produits frais et locaux, terrasse.

    à vérifier · réserver
  • 500m

    Gorges du Furon

    La montée sur le plateau depuis Sassenage. Roulante, régulière, mais sombre, humide et très accidentogène pour les motos. On y va cool. Alternative plus belle : la montée de Saint-Nizier-du-Moucherotte par la D106, avec le panorama sur Grenoble, la Chartreuse et Belledonne.

  • 600m

    Gorges de la Bourne

    Vingt-trois kilomètres entre Villard-de-Lans et Pont-en-Royans. Route étroite en encorbellement, tunnels non éclairés, surplombs, chute de dix degrés en entrant dans l'ombre. L'humidité, la mousse, la pierre mouillée.

  • 800m

    Le Trièves

    Plateau agricole autour de 800 m, coincé entre les falaises est du Vercors et le Dévoluy. Le pays de Jean Giono, qui y venait depuis 1931 et y a planté « Un roi sans divertissement ». Mens en est la capitale historique.

  • 1 011m

    Col de la Machine

    Le nom vient de la machine qui servait à faire descendre les grumes vers le Royans au XIXe. Il n'en reste rien. Belvédère sur la combe et vue plongeante sur le monastère orthodoxe de Saint-Antoine-le-Grand.

  • 1 011m

    Combe Laval

    La pièce maîtresse. Six kilomètres de route en balcon taillée dans la falaise, onze tunnels, des passages en encorbellement, plus de 600 m de vide sous les roues. Ouverte autour de 1890 par les Eaux et Forêts pour descendre le bois de la forêt de Lente. Site classé. On roule au pas.

  • 1 011m

    Hostel Quartier Libre

    L'option café ou casse-croûte du matin, au col de la Machine : l'ancien hôtel Faravellon, tenu par la même famille pendant six générations depuis 1848, repris en 2022 par une jeune équipe en coopérative. Cuisine 100 % maison, terrasse.

    à vérifier · réserver
  • 1 254m

    Col de Rousset

    Tunnel percé en 1979, 769 m de long ; le vrai col est à 1 367 m au-dessus. La bascule climatique du voyage : Vercors vert et humide d'un côté, Diois sec et méditerranéen de l'autre. La descente sur Die est un régal, lacets réguliers sous les Rochers de Chironne.

  • 1 360m

    Col d'Ornon

    La dernière montée, depuis Valbonnais : environ 14 km à moins de 4 % de moyenne, exposée au soleil, peu fréquentée, bon revêtement. La descente ramène à la maison.

  • 1 402m

    Col de Menée

    Tunnel sommital de 256 m ; col géographique à 1 457 m. Le passage du Diois au Trièves, route forestière et sinueuse. Vue sur le Mont Aiguille en descendant côté Trièves. Fermé l'hiver, à éviter sous la pluie.

  • 2 087m

    Mont Aiguille

    Le bloc calcaire détaché du Vercors, planté au milieu de la plaine, ceinturé de falaises. Une des Sept Merveilles du Dauphiné, longtemps appelé le Mont Inaccessible. Gravi le 26 juin 1492 par Antoine de Ville sur ordre de Charles VIII, à l'échelle et à la corde : l'acte de naissance de l'alpinisme. Deuxième ascension seulement en 1834.

Voir la version pratique de cette boucle