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Cahier des Cols

Grand jour

Boucle 02  ·  Savoie → Val d'Aoste → Valais  ·  313 km

Le Tour du Mont-Blanc

Une boucle qui tourne autour du toit des Alpes. Trois pays dans la journée. Et lui, le Mont-Blanc, planté au milieu, qu'on tourne comme on tourne autour d'une cathédrale.

Point culminant : Col du Grand-Saint-Bernard, 2 469 mètres.

Roadbook · Bourg-Saint-Maurice → Bourg-Saint-Maurice

Distance
313 km
Roulage
6 h 20
Cols
4
Point haut
2 469 m
Dénivelé
5 310 m · estimé
Saison
juin → septembre

Une route qui se déroule

La Rosière · 1 850 m

Le Mont-Blanc, je le connaissais de loin. De cartes postales, de photos, du blanc qu’on voit briller depuis la vallée. Lui faire le tour, à moto, en une journée, c’est autre chose.

Trois pays. France, Italie, Suisse. On passe les frontières comme on change de virage.

Le matin en France, midi en Italie, l’après-midi en Suisse, et le soir de nouveau chez nous. Rien que l’idée, ça donne le sourire.

On part de Bourg-Saint-Maurice, direction la Rosière.

Et là, je me suis régalé. La montée de la Rosière, c’est une route qui se déroule : de grandes courbes larges qui s’enchaînent, le genre de montée où on pose la moto. Une fois à droite, une fois à gauche. On l’entend chanter, et c’est le panard pur et simple. Pas pour la vitesse, pour le rythme : le regard qui se pose loin dans le virage, le poids qui bascule d’un côté puis de l’autre, et ce truc qui se cale et devient fluide. La GS rouge fait exactement ce qu’on lui demande. Et derrière, ma chérie qui accompagne le mouvement.

Parce que ce tour, je le fais pour elle aussi. Pour lui montrer ce que c’est : ces paysages, cette liberté d’être sur deux roues au milieu des géants. Partager ça. C’est un cadeau qu’on se fait à deux.

Montée de la Rosière
Montée de la Rosière 1 850 m Route du col vue de l'hospice du Petit-St-Bernard (été 2019).JPG · Florian Pépellin · CC BY-SA 4.0

Le basculement en Italie

Col du Petit-Saint-Bernard · 2 188 m

Au sommet du Petit-Saint-Bernard, on bascule. 2 188 mètres, on quitte la France. Un col d’histoire, celui-là : Hannibal serait passé par là avec ses éléphants, dit la légende, et au sommet la statue de saint Bernard veille toujours sur les cols qui portent son nom. On met un pied à terre, on regarde d’où on vient et où on va. De l’autre côté, l’Italie et le Val d’Aoste qui s’ouvrent, et déjà le Mont-Blanc qui montre une autre face, la face italienne, la plus verticale. Ce mastodonte.

Midi chez Edi

Gignod · 988 m

On descend sur La Thuile, on file dans la vallée. Le Val d’Aoste, Morgex, puis Aoste : la capitale de la vallée, ses arches romaines plantées là depuis deux mille ans.

Et de midi, on ne fait pas une pause technique.

Une heure, une heure et demie. La bouffe, c’est un moment de la journée.

On mange un peu plus haut, à Gignod, juste avant d’attaquer le grand col. Chez Edi, une adresse valdôtaine tenue par un patron qui est un personnage à lui tout seul : on vient pour l’assiette autant que pour lui. Le menu découverte, pour goûter large ce que fait la région : polenta, fontina, charcuterie, pâtes à la truffe noire, un verre de rouge du coin. On mange riche et on prend le temps, on assume.

Chez Edi, Gignod — fermé le lundi, service midi jusqu'à 14 h 30, 15 h le week-end. Réserver.

Le point haut, et l’œil sur le ciel

Col du Grand-Saint-Bernard · 2 469 m

L’après-midi, on remonte. Cap sur le Grand-Saint-Bernard.

Le col, pas le tunnel. Hors de question de rater ça.

2 469 mètres, le point haut de la journée. La route grimpe vers le ciel, l’air se rafraîchit, la végétation disparaît. En haut, le lac, la frontière suisse, et l’hospice millénaire où les moines et leurs chiens ont secouru des voyageurs pendant des siècles. Le froid qui pince même en plein été.

Et c’est là que je pense à la météo. C’est ma seule appréhension sur cette boucle : pas les virages, pas la distance, le ciel. Partir le matin sous le grand bleu et voir là-haut le gris s’installer, le brouillard qui tombe et bouffe la route, l’eau, le froid, ne plus rien voir. À 2 469 mètres, à découvert, avec ma chérie derrière, c’est le genre de chose qui te fait garder un œil sur le ciel toute la journée. C’est la montagne qui décide, et on compose avec.

Le col, jamais le tunnel. Là-haut c'est la météo qui décide — garder un œil sur le ciel toute la journée.

Col du Grand-Saint-Bernard
Col du Grand-Saint-Bernard 2 469 m

La face nord

Col de la Forclaz · 1 526 m

Puis la descente sur Martigny, en Suisse. On perd de l’altitude, on retrouve la vallée du Rhône. On a tourné : nous voilà de l’autre côté du géant.

De Martigny, on repart vers Chamonix par le col de la Forclaz. 1 526 mètres, un col suisse tout en lacets qui redescend sur Vallorcine et la vallée de Chamonix. Et là, la face nord du Mont-Blanc, la vue de carte postale, les aiguilles, la mer de Glace quelque part là-haut. Et du monde : Chamonix l’été, c’est du monde. On traverse, on regarde, on ne s’éternise pas. Une face de plus au compteur.

Chamonix
Chamonix 1 035 m

On lève le pied pour regarder

Cormet de Roselend · 1 968 m

Et pour boucler, le Cormet de Roselend. 1 968 mètres, peut-être le plus beau pour la fin. La route qui serpente au-dessus du lac de Roselend, cette eau turquoise en contrebas qui change de couleur selon la lumière. On lève le pied, ici. On ne roule plus pour les virages, on roule pour regarder. On en prend plein la vue une dernière fois avant de rentrer.

Descente sur Beaufort, le pays du fromage, celui qu’on appelle le « prince des gruyères ». De quoi glisser une meule dans le top-case avant de rentrer. Et retour à Bourg-Saint-Maurice.

On a tourné autour du géant et vu ses faces une à une. Trois pays dans la journée, et le même monstre de pierre et de glace regardé de partout.

Les routes n’ont pas été droites, tant mieux. Les virages, c’est là que ça se passe. Comme dans la vie.

Beaufort en redescendant — de quoi glisser une meule dans le top-case avant de rentrer.

Cormet de Roselend
Cormet de Roselend 1 968 m

Carte · Savoie → Val d'Aoste → Valais

  • Bourg-Saint-Maurice840 m
  • Col du Petit-Saint-Bernard2 188 m
  • Col du Grand-Saint-Bernard2 469 m
  • Col de la Forclaz1 526 m
  • Cormet de Roselend1 968 m

Les lieux sont à leur place ; le trait entre eux ne l'est pas. Il dit l'ordre du parcours, pas la route suivie — elle se relèvera au GPS.

Relief d'après le modèle d'altitude Terrain Tiles (AWS Open Data) · lieux d'après OpenStreetMap

Le carnet de la boucle

Le carnet de la boucle

  • 583m

    Aoste

    La capitale de la vallée, ses arches romaines vieilles de deux mille ans. On traverse la ville avant de remonter.

  • 750m

    Beaufort

    Le pays du fromage, le « prince des gruyères ». Dernière étape avant le retour.

  • 988m

    Chez Edi

    La table de midi, à Gignod : cuisine valdôtaine, menu découverte, un patron haut en couleur, juste avant le grand col.

    à vérifier · réserver
  • 1 035m

    Chamonix

    La face nord, la carte postale, les aiguilles. On traverse sans s'attarder.

  • 1 526m

    Col de la Forclaz

    Le col suisse en lacets qui relie Martigny à la vallée de Chamonix par Vallorcine.

  • 1 850m

    Montée de la Rosière

    Les grandes courbes roulantes, le morceau de plaisir pur avant le col.

  • 1 968m

    Cormet de Roselend

    Le bouquet final au-dessus du lac turquoise, là où l'on lève le pied pour regarder.

  • 2 188m

    Col du Petit-Saint-Bernard

    La porte d'entrée en Italie, la statue de saint Bernard, le basculement sur le Val d'Aoste.

  • 2 469m

    Col du Grand-Saint-Bernard

    Le point haut, le col et non le tunnel, le lac, l'hospice millénaire, la frontière suisse, le froid.